Les couleurs primaires, une passion

Mes préférées !

Certains disent que c’est parce que la première couleur que l’oeil humain est capable de voir est le rouge que cette dernière est la couleur vers laquelle l’enfant est le plus attiré. Puis le bleu et le jaune car ils font partie de la nature tels le ciel, la mer, le soleil, le blé. Pourquoi pas.

Tout le monde n’a pas toujours été unanime quant à la classification des couleurs en couleurs primaires et secondaires. Il en est de même avec la classification des couleurs chaudes et des couleurs froides. La frontière est ténue, mobile selon les époques.

Sachez par exemple que sont encore considérées comme les couleurs « classiques » le blanc, le rouge et le noir et cela se vérifie dans les contes dont la symbolique est partout. Par exemple, le petit chaperon rouge porte un habit rouge, amène une pot de beurre blanc à sa grand mère habillée en noir ; blanche neige croque dans une pomme rouge que lui a donnée une sorcière noire, etc… Ce système chromatique antique que l’on retrouve encore de nos jours est loin de nos fameuses couleurs primaires.

Le Bleu : mon obsession du moment. Ce moment dure depuis quelques années en réalité 😉

Savez-vous que c’est la couleur préférée des occidentaux ? C’est une couleur consensuelle (drapeau de l’Europe, les casques bleus, l’ONU etc…) Ce qui n’est pas le cas partout ailleurs sur notre terre puisqu’au Japon par exemple, la couleur plébiscitée est le noir.

Si on regarde en arrière, on se rend compte que le bleu n’a pas toujours eu les faveurs des occidentaux. Elle a été associée à l’étranger ; ceux qui avaient les yeux bleus pouvaient avoir une mauvaise réputation ; le latin n’a même pas de mot pour qualifier cette couleur que nous avons désignée de bleu en empruntant au vocabulaire germanique blau et arabe azraq. Pour faire simple et rapide, c’est la chrétienté qui consacre le bleu et en fait un enjeu économique en développant les techniques de fabrication de cette couleur. Bleu de Prusse en 1720, bleu indigo dont Levi-Strauss s’est servi pour créer en 1850 le fameux jean ; d’abord habit de travail, puis de contestation dans les années 60’s.

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Le Rouge : en lui même, intrinsèquement pourrait-on dire, le rouge renvoie à la couleur. C’est La couleur. Celle de l’amour et du sang, du feu et de la passion, du coeur et de l’enfer. D’ailleurs coloratus en latin signifie à la fois coloré et rouge. Dans l’antiquité, les vêtements et autres objets colorés l’étaient en blanc (pureté), en noir (saleté) ou en rouge (seule couleur).

Une des raisons à la suprématie du rouge est la fiabilité de ses pigments, la maitrise de la fabrication de cette couleur date de -35000 ans c’est vous dire !

Aujourd’hui on dira facilement que le rouge (rose) est la couleur des filles et le bleu celle des garçons. Pourtant tel n’a pas toujours été le cas. Au moyen âge, le bleu, couleur riche produite à partir du lapis lazuli, est associé à la Vierge Marie, donc au féminin et au divin. Le rouge, couleur du feu, renvoie quant à lui au masculin. On pense aux chevaliers qui revenaient de guerre portant des tuniques blanches tachées de sang, tâches rouge-délavé. Le rose devient couleur de virilité. Puis, au 18ème siècle, les choses se renversent. Le bleu divin est endossé par le roi. Quant à la reine Marie-Antoinette, elle s’éprend follement du rose qu’elle veut voir de partout. Une mode est lancée. Les femmes de la Cour comme celles de plus humble condition s’habillent de rose afin de plaire à la reine. Inversement, les hommes répugnent à porter cette couleur, craignant d’être soupçonnés d’être amants de sa majesté et de finir à la guillotine. Les jeux sont faits : le rouge et le rose deviennent et sont restés les couleurs de la fille, le bleu la couleur du garçon.

Image associée
Nicolas de Largillière, Portrait de famille, 1710

Le jauneJ’ai eu plus de difficultés à apprécier cette couleur. Pour être plus exact, j’aime cette couleur mais je la trouve compliquée à travailler sur toile. Mais qu’est-ce qu’elle illumine une oeuvre !

En Asie et en Amérique du Sud, le jaune est une couleur qui a toujours tenu une place importante. En Chine, elle a longtemps été réservée à l’empereur, aujourd’hui encore elle est associée au pouvoir, à la sagesse et à la richesse. En occident au contraire, elle a longtemps pâti d’une mauvaise réputation. Cela n’est pour l’essentiel, pas dû à la couleur en elle même, mais au fait qu’elle ressemble à celle de l’or. Disons que l’or a eu le dessus sur le jaune : c’est à l’or qu’est associé la puissance, le soleil, la brillance… Plongeant le jaune dans l’obscurité et en faisant une couleur associée à la maladie, au mensonge ou encore à la tristesse.

Dès le Moyen Âge, les personnages négatifs sont représentés en jaune. Judas est affublé d’une chevelure rousse, d’une robe jaune et, pour couronner le tout, il est représenté gaucher.

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Giotto Le baiser de Judas, 1306

Les manuels qui permettent la fabrication de couleur consacrent leur plus petit chapitre au jaune, souvent en fin d’ouvrage. Au 19ème la couleur jaune est celle utilisée pour caricaturer les maris trompés.

Heureusement les impressionnistes vont renverser la tendance. Le peintre peut peindre dehors et jouir de la lumière naturelle avec toutes ses nuances. Van Gogh crée Les tournesols par exemple. Monet troque couleurs sombres pour une palette de couleurs claires. Il écrira à cet égard : « Bref, je me sers de blanc d’argent, jaune cadmium, vermillon, garance foncée, bleu de cobalt, vert émeraude. Et c’est tout. »

Toujours sur Monet, peintre que j’adore, je voudrais vous faire part d’un détail qui a influencé considérablement sa peinture : sa cataracte. Etant moi-même myope, je me suis souvent demandée si ma peinture serait différente si je voyais tous les détails du monde qui m’entoure. Monet, lorsqu’il a commencé à perdre la vue, a été conscient du changement que ses cataractes ont engendré sur sa peinture. Et c’est émouvant.

C. Monet, Le Bassin aux nymphéas, 1899

 

C. Monet, Le Pont japonais, 1923

Progressivement ses blancs sont devenus jaunâtres, ses verts jaune-vert, ses rouges des rouges orangés. Les détails de ses paysages s’estompent, les contours deviennent un peu plus flous. Il dira ceci : « Ma mauvaise vue signifie que je vois tout comme au travers d’un brouillard » ; « C’est tout de même très beau, et c’est ce que j’aimerais pouvoir représenter ». Si bien que petit à petit ses oeuvres ont des teintes qui versent dans les rouges et les jaunes. Les détails s’estompent et les nuances de bleus disparaissent peu à peu de ses toiles. J’en ai la chaire de poule en pensant à ce grand Monsieur si prodigieux écrire ces quelques mots sur sa perte de vue.

Le fauvisme va continuer à redorer les lettres du jaune dans le prisme chromatique car la palette fauve est essentiellement constituée de tons jaunes et orangés lumineux.

L’art abstrait fini par changer radicalement la donne. Je pense par exemple au field color painting et plus particulièrement à M. Rothko.

Mark ROTHKO: Sans titre Jaune - Sérigraphie 2
M. Rothko, Untitled Yellow, sérigraphie

Mais aujourd’hui comme hier, le jaune a toujours eu de fidèles admirateurs : les enfants. Qui n’a jamais dessiné sur sa feuille de papier une maison avec un grand soleil jaune et des lumières à chaque fenêtres ? Moi en tout cas, c’est certain, je l’ai fait 🙂

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