Les rayures dans la peinture

Voilà bien un thème qui m’a appris pas mal de choses sur ce qui pourrait paraître anodin aujourd’hui, mais dont l’approche historique dévoile pourtant toute une symbolique assez fantastique. Je vous souhaite une bonne lecture…

Le lourd passé de la rayure : l’exemple du textile

Longtemps, en Occident, les rayures ont eu un caractère discriminatoire voir diabolique. Dans son livre “L’étoffe du diable – Une histoire des rayures et des tissus rayés,” l’historien Michel Pastoureau rappelle que les vêtements rayés étaient réservés aux individus qui transgressaient l’ordre social, ceux des “exclus ou des réprouvés,” tels que les hérétiques, les prostituées, les lépreux, les criminels…

A partir de la fin du XVe siècle et du début du XVIe, Michel Pastoureau explique que la rayure perd peu à peu sa connotation diabolique. Horizontale, elle demeure un critère social discriminant puisqu’elle devient “le signe premier d’une condition servile ou d’une fonction subalterne », tels que les servantes, esclaves et autres valets. En revanche verticale, elle devient une “rayure aristocratique” que l’on retrouve sur les manches et les chausses des jeunes nobles italiens notamment.

A la fin du XVIIIe, la rayure devient romantique et révolutionnaire (sous l’impulsion de la révolution américaine puis française), et envahit littéralement le vieux continent. Les vêtements, tout comme les tissus d’intérieur et d’ameublement, se parent de rayures horizontales et verticales. Les vêtements rayés ne perdent pas pour autant totalement leur dimension négative, puisqu’ils resteront aussi longtemps associés au statut de prisonnier.

Dans son essai, Michel Pastoureau rappelle aussi qu’au début du XXe siècle, les rayures, tout comme les teintes pastels, ont facilité le passage du blanc à la couleur des “vêtements et étoffes qui touchaient directement le corps nu (chemises, voiles, braies, caleçons, draps).” Jusqu’à la seconde révolution industrielle, il n’était en effet pas envisageable que ces vêtements soient d’une autre couleur que blancs ou écrus.

La marinière : du marin du 17ème à Coco Chanel

Difficile enfin de s’intéresser à la rayure vestimentaire sans évoquer la marinière, pièce classique du vestiaire masculin et féminin qui n’a cessé d’inspirer les marques de modes depuis des années. S’il est semble t’il difficile d’en retracer l’origine, l’usage du vêtement rayé dans le milieu marin est documenté dès le XVIIe et plus encore à partir du XVIIIe. Des décrets codifieront même cette pratique. Ainsi un décret officiel du 27 mars 1858 introduit la marinière, un tricot rayé bleu indigo et blanc, dans la liste officielle des tenues de matelot de la marine nationale. Ses caractéristiques techniques y sont clairement précisées: « Le corps de la chemise devra compter 21 rayures blanches, chacune deux fois plus large que les 20 à 21 rayures bleu indigo. » (Source: Wikipedia)

L’usage de ce tricot rayé ne restera évidement pas réservé qu’aux seuls matelots. Avec le succès grandissant des bains de mer à la fin du XIXe, la société européenne va déplacer “du grand large vers le rivage la rayure maritime.” Au début du XXe, Coco Chanel fera même entrer la marinière dans le monde de la mode et du luxe. Quelques décennies plus tard, Jean-Paul Gaultier s’inspirera de la marinière à de multiples reprises la remettant ainsi au coeur de la mode.

La rayure en art plastique

La rayure n’est pas anodine en peinture ou en dessin et comme dans le textile, elle revêt des fonctions spécifiques. Ainsi par exemple, utiliser la rayure en dessin permet d’obtenir des ombres, de façonner de la texture, de créer du volume ou, au contraire, de la profondeur.

Sol LeWitt, pour un dessin en quatre parties et quatre couleurs.
Détail du dessin de Lewitt

On remarque que la superposition des rayures, la différence de leurs orientations et la pluralité des couleurs créer un effet de profondeur, de perspective dans cette œuvre.

Étrangement, les lignes droites créent du volume, un effet visuel qui fait d’une surface plane un prisme bidirectionnel.

L’époque moderne : la rayure comme identité de l’artiste

La rayure devient même une signature chez certains artistes tel que Stella, Le Corbusier ou encore Vasarely.

Franck Stella, Hyena Stomp, 1962, acrylique.

Même en architecture, l’art avec un grand A du dessein, la rayure n’est pas en reste.

Revêtement de mur, Le Corbusier

Elles trouvent une place importante dans le pop art qui sait particulièrement utiliser l’effet visuel contrastant que permet la peinture de rayures, notamment en aplat.

Quant à moi, j’adore véritablement travailler ce type de technique. La rayure, régulière ou pas, horizontale, verticale ou encore courbe, colorée ou non, donne une dynamique mais aussi une liberté d’imagination qui nous emporte dans des perspectives tantôt oniriques ;

Flamenco, acrylique 80×60


tantôt plus graphiques, qui me plaisent et dans lesquelles j’aime me perdre pour travailler.

La rayure dans l'art, textile et peinture, hier et aujourd'hui.
Foule, acrylique 100×100


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